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Dossier du mois - La Haute Qualité Enironnementale
 
Point de vue d'archi impliqué au problème de développement durable
 

Yves Roussot travaille comme architecte à Perpignan pour l'agence ArchiMEDES, (Architecture Microclimat Energies Douces). Situé à Ganges, dans l'Hérault, ce bureau travaille aussi bien à la réhabilitation de logements sociaux (Grenoble - quartier Croix rousse à   Lyon) qu'à la construction de plus grande envergure comme l'Université d'Aix en Provence. Dans un cas comme dans un autre leur créneau est l'architecture bio climatique avec les énergies thermiques.

Que pensez-vous de   la HQE ?

On en parle beaucoup, de plus en plus, et c'est bien. Mais il faut savoir qu'on a rien inventé. La HQE n'est pas nouvelle. Seulement avant on ne la nommait pas parce qu'on faisait la démarche sans le savoir. Depuis que l'homme bâtit, il prend en considération des critères   d'environnement : l'orientation d'un bâtiment, le choix des matériaux, l'apport de lumière naturelle, l'isolation par des cloisons épaisses...Puis ces dernières décennies ont vu l'apport de nouveaux matériaux qui a permis   une accélération des chantiers. Le BTP a pris un essor mais en   perdant de vue le facteur environnement et le long terme. Aujourd'hui,   les 14 cibles de la HQE reprennent en considération ces facteurs environnementaux.

Comment travaillez-vous sur un projet ?

L'impératif est de calculer le temps de rentabilité. C'est ce qu'attendent en premier lieu le maître d'ouvrage, à savoir le client. Qu'il soit un particulier, une entreprise ou encore une collectivité   locale (municipale, départementale, régionale ou européenne), ils veulent tous savoir à partir de quand le seuil de rentabilité sera atteint. Car au départ dans tout projet qui prend en compte la HQE, il y a forcément un surcoût dans l'investissement. C'est très variable mais on peut l'estimer au minimum à 10%

Comment vous y prenez-vous pour les convaincre ?

Paradoxalement, ce n'est pas l'aspect économie d'énergie qui prévaudra dans le choix Pourtant l'éthique écologique pèse de plus en plus dans la balance. D'abord parce qu'elle apparaît comme un critère de qualité fondamentale. Mais aussi et surtout parce qu'elle valorise l'image de l'entreprise ou de la collectivité. Par exemple, ce fut le cas de l'université d'Aix en Provence. Pour le particulier, c'est davantage par éthique personnelle. Cela peut être pour des raisons plus personnelles comme la santé. Actuellement, nous rénovons un mas. Pour l'isolation, nous utilisons la laine de mouton plutôt que la laine de verre. L'un des futurs occupants étant asthmatique

Vous semblez cependant réservé sur le bien-fondé de la   démarche HQE?

Il ne faudrait pas qu'elle devienne systématique. Le risque est de perdre une souplesse d'esprit, d'invention et une faculté d'adaptation qui sont des qualités recommandées lorsqu'on est   architecte. Dans certains cas,   on s'aperçoit que les propositions dites écologiques s'avèrent au final les moins pertinentes. On ne peut en aucun cas généraliser. Ce qui est bon sur un projet ne le sera pas automatiquement sur un autre.

Par exemple ?

L'un de nos derniers chantiers portait sur la réhabilitation de maisons individuelles à Ganges. On avait pensé dans un premier lieu à la création d'un réseau collectif pour le chauffage. Après études, on s'est rendu compte que le chauffage individuel répondait davantage aux objectifs que nous nous étions donnés en matière d'économie et de respect de l'environnement Et puis il faut aller jusqu'au bout de la réflexion c'est-à-dire ne pas se contenter des résultats escomptés mais regarder aussi à la source les conséquences de vos choix.

C'est-à-dire ?

Vous décidez d'utiliser l'Aluminium, matériau qui répond à la HQE parce qu'il est recyclable et donc réutilisable. Seulement, pour le travailler, l'alu réclame beaucoup beaucoup d'énérgie. Cette énergie, où la trouver vous ? Comment  la produire? En conformément aux exigences de la HQE ? Pourquoi pas mais le coût de votre projet augmente en temps et en argent. Même chose pour le bois, matière écologique par excellence. Sauf que si la forêt d'Amazonie, dont on connaît le rôle vital pour l'équilibre naturel, doit payer le fort tribut pour permettre à la HQE de se développer, on est en pleine contradiction. Il faut chercher à rester cohérent sur toute la ligne. Et là forcément cela devient plus complexe.